• code moral : 001 la politesse

    Il est partout, sur nos licences, nos passeports sportifs, nos diplômes. Quand le débutant s'interroge on lui répond : "Ca? Mais c'est le code moral du judo!". Ce qu'on lui dit moins souvent c'est d'où il vient et à quoi il sert, ce fameux code moral. Et en quoi cela nous concerne. Qu'est-ce que c'est d'abord un "code moral"? Une liste de valeurs essentielles qu'il faudrait s'efforcer de respecter, de vertus qu'il faudrait acquérir? Un catéchisme en somme? Rien d'aussi grandiloquent et en même temps, bien mieux que cela ...
    Cette liste que nous voyons afficher constamment sur nos documents est historiquement inspirée de l'ancienne culture japonaise, de sa société militaire régie par la loi du bushido. A ce titre, elle pourrait nous rebuter ou ne susciter que notre indifférence, et ce serait dommage. Loin de nous inviter à jouer les samurai, autres temps, autres moeurs,elle nous rappelle au contraire très opportunément qu'il existe des valeurs qui peuvent être universelles, reconnues par tous au-delà des pays et des époques ... et que le judo est un bon moyen de parvenir à les incarner. Monter sur un tapis pour s'entraîner et pour combattre, c'est, sans l'avoir recherché, devenir meilleur en tant qu'homme. Comment cela? Par la simple pratique soutenue et patiente de notre discipline, source d'expériences simples mais profondes, de transformations quotidiennes et discrètement fondamentales. Ce vieux secret des arts martiaux orientaux, Jigoro Kano l'a offert au plus grand nombre et nous e profitons aujourd'hui. La première de ces transformations : la politesse.
    Si le courage ou la modestie, par exemple, sont des qualités qui peuvent naître de la pratique avec le temps, la politesse, elle s'impose dès le commencement au jeune judoka sous la forme d'une "étiquette" simple mais rigoureuse. C'est peut-être la seule de toutes les valeurs rassemblées dans le code moral du judo qui soit effectivement demandée dès le départ, avant toute chose. C'est normal car, au fond, la politesse est à peine une qualité et assez loin d'une vertu, tout au plus une règle de savoir-vivre. On peut être poli sans être loyal, ni sincère, ni respectueux. La politesse, c'est ce qu'on impose aux enfants, qui n'ont pas encore les moyens de comprendre les implications de leurs attitudes. "Saluez le tapis en sortant!" dira le maître à sa marmaille piaillante et joyeuse, et la marmaille s'exécutera sans y réfléchir. Pour un adulte, la politesse ne suffit plus. "Tu pourrais au moins rester poli ...", dira-t-on à celui qui a passé les bornes.
    En judo, la politesse (l'étiquette) ouvre la pratique et la ferme. On salue en arrivant et en partant, on salue avant un exercice et après l'avoir fini, avant un combat et à la fin de celui-ci. On nous demande de saluer les lieux, nos partenaires, notre professeur, de faire silence pendant le cours, de travailler au même rythme que les autres, d'avoir une attitude sobre, de se tenir droit, de rajuster son judogi quand il est défait. Des règles tellement simples qu'on y pense à peine, qu'on les néglige de temps à autre. Pourtant, dès le départ, cette étiquette offre une attitude au débutant, comme une colonne sur laquelle s'appuyer. Il est maladroit, confus, mal à l'aise parfois, inquiet souvent, mais cette étiquette simple, cet ensemble de règles qui encourage à la netteté, qui suggère l'attitude à adopter avec le professeur et avec les partenaires, qui indique le début et la fin des choses, lui permet toujours de se replacer au sein du groupe. De suivre, de commencer et de finir, de s'apaiser physiquement et mentalement. Très vite, et grâce à elle, il peut apprendre, travailler avec de nombreux partenaires différents, lutter contre de nombreux adversaires, rentrer en compétition, projeter, être projeté, toutes choses qui ne vont pas de soi, sans que jamais les sentiments, les frustrations, les colères, la violence ne s'imposent.
    Au pratiquant déjà confirmé, l'étiquette est devenue naturelle. Il n'affecte plus les gestes, il les vit avec simplicité. Rien ne lui est plus imposé, son respect de l'étiquette est devenu l'attitude juste, celle qui convient le mieux à ce qu'il est en train de faire, celle qui permet de commencer et de finir chaque chose, d'en profiter au mieux. Grâce à cette attitude juste, adoptée sans effort, sans qu'il n'y ait d'obligation ... les progrès deviennent possibles. Ainsi, saluer, droit et ferme, son futur adversaire n'est pas le courage mais y invite, serrer la main de celui qui vous a vaincu n'est pas la sincérité mais y invite, écouter debout et en silence l'explication d'un professeur n'est pas le respect mais y invite ... La politesse n'est peut-être pas une vertu mais c'est sans doute elle qui permet toutes les autres.


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