• code moral : 002 le courage

    Dans notre voyage au pays des valeurs du code moral du judo nous voici arrivés à la deuxième étape : celle du courage. Si nous avions commencé notre périple en douceur par une valeur qui n'en était pas tout à fait une, la politesse, nous voici arrivés d'emblée, avec le courage, au pied d'un Fuji Yama de la morale universelle. Partout et par tous, le courage est respecté et la lâcheté méprisée. Cela tient sans doute en partie à nos vieilles habitudes guerrières : le courage est la vertu du soldat, du samurai, du héros. On pourrait même trouver suspect que cette vertu virile soit considérée si unanimement comme une qualité essentielle de la nature humaine. Après tout, elle n'a rien à voir a-priori avec la morale : on peut être courageux sans être juste, honnête et bon ... Mais peut-on être juste, honnête et bon tout en étant lâche? Sûrement pas. Sans un peu de "force d'âme" il est impossible de "faire ce qui est juste" comme le suggère Confucius, aussi bien sur le champ de bataille que dans la vie de tous les jours. Faire ce qui est juste dans les petites choses comme dans les grandes est un simple mais vaste programmes. Cela implique de savoir sans cesse affronter les petites et les grandes peurs (surtout les petites beaucoup plus nombreuses!), les paresses, les fatigues, les découragements, les manques de confiance, les autres et soi-même. Y-aurait-il une école pour acquérir le talent?
    Commencer n'est jamais facile et monter pour la première fois sur un tatami demande bien un peu de courage, à l'enfant comme à l'adulte, mais, au fond, pas plus que d'entrer dans de l'eau froide ou dans une pièce où l'on ne connaît personne. Sur le tatami, comme ailleurs, c'est continuer qui est le plus difficile. L'entraînement est dur et la confrontation à nous-mêmes, à nos propres limites, même si elles sont chaque fois repoussées, souvent amère. Les techniques sont à portée de la main mais on ne peut pas les prendre malgré toute notre volonté de le faire. On apprend à recommencer sans réussite, à renoncer à être le meilleur et on court après les progrès, qui ne sont jamais où on les attend. Les combats nous troublent et nous désillusionnent.Surtout celui qu'on livre contre soi-même.
    On se souhaiterait un peu moins faible, on se voudrait un peu plus fort ... mais il est impossible de tricher : la redoutable simplicité du judo sanctionne les rêveurs. Et pour celui qui tire des satisfactions de sa réussite, qui s'aime un peu trop "vainqueur", un autre péril guette. Il est toujours un moment où il devient nécessaire de renoncer à quelque chose ... à commencer par la jeunesse. A ne pas vouloir le faire, certains finissent par renoncer à leur pratique elle-même. Continuer, oui, mais pour ne jamais finir. Heureusement, tout cela est un jeu. Un jeu plaisant, passionnant. Une grande aventure qui a aussi ses satisfactions et ses orgueils. La pation de pratiquer n'est jamais triste ... Pour celui qui a "eu le courage" d'accepter les règles de ce jeu-là, les satisfactions sont infinies. Le judo est exigeant et difficile (comme la vie) mais (contrairement à elle) il indique clairement les directions à suivre : être régulier à l'entraînement, être sincère dans la pratique, ne pas refuser les expériences, faire de son mieux ce qui doit être fait, ce qu'il est "juste" de faire.Le courage du héros est celui de l'action ponctuelle. Le courage au judo est d'un autre ordre : savoir commencer (sans objectif), continuer (sans résultat) ... et ne jamais finir (sans espoir). Le tout en prenant un maximum de plaisir.

    HISTOIRE DE MANQUE DE COURAGE :


    Yon était un lutteur à la réputation grandissante de la province de Hi. Il était l'orgueil de son maître et du seigneur de la région chez qui il résidait, s'entraînait et luttait contre les adversaires qu'on lui opposait. L'idée vint aux deux hommes de confronter leur combattant si brillant à Kim Hu "le très vaillant", un lutteur exceptionnel, vainqueur de plus de quatre cent combats, la perle de Ho, la province voisine. Yon avait entendu dire qu'il était vieillissant. Le défi fut d'abord refusé puis accepté lors d'une ambassade courtoise et Yon dut partir seul en palanquin retrouver son dangereux adversaire et l'assemblée des seigneurs réunis. Les provinces n'étaient guère éloignées et il s'en fallait d'une bonne journée de marche pour atteindre son but.
    Six étapes étaient prévues pour reposer les porteurs et restaurer la troupe : les villages de Go, de Mon, de Ju, de Ji, de Tau et de Setimin. A Go, Yon fut reconnu et acclamé. Il s'en trouva conforté. A Mon, personne ne lui fit d'éloge, il se trouva bien loin de chez lui. A Ju, on commença à lui vanter les extraordinaires mérites de Kim Hu et il commença à se demander ce qu'il faisait là. A Ji, il se trouva épuisé et malade de l'eau qu'il avait bu à Ju. A Tau, il ne vit aucun moyen de vaincre un tel adversaire et il rebroussa chemin. Quelques temps plus tard, le lutteur Kim Hu de la province de Ho recevait un message du lutteur Yon de la province de Hi qui disait ceci :
    "Vaillant parmi les vaillants, je reconnais ta victoire. Après une dure journée de combat tu m'as vaincu définitivement au village de Tau. Je renonce désormais à me prétendre ton égal".


    HISTOIRE DE SUPREME COURAGE :


    Kyokun était maître de thé auprès d'un daimyo de province qui tirait beaucoup de gloire de sa maîtrise remarquable. Sa réputation avait atteint la cour du shogun et il accompagna son seigneur lors de sa visite annuelle aux puissants du royaume. Dans les rues de la capitale, il fut défié en duel par un samurai. L'affaire était manifestement politique et l'on cherchait à atteindre son maître à travers lui, mais les règles de l'étiquette lui interdisait de décliner le funeste rendez-vous qui avait été fixé au lendemain. N'étant pas homme de guerre, il se savait incapable de remporter le combat; son seul souci était de ne pas être responsable d'un manquement à l'honneur qui eut pu être par la suite reproché à son seigneur.
    Il s'ouvrit de son embarras au seul maître de sabre du clan qui faisait lui aussi partie du voyage. "As-tu peur de la mort?" lui demanda ce dernier. "Je n'ai peur que d'être embarrassé de ces armes que je ne connais pas, de ce combat que j'ignore. Mourir, je le veux bien, mais sans manquer à l'honneur de mon maître". "Ne t'inquiète de rien et fais ce que je te dis. Demain, rends-toi au rendez-vous avec ce sabre que je te donne. Salue profondément ton adversaire, plie ton vêtement avec application et prépare-toi comme si tu préparais à servir le thé. Dans cet état d'esprit, fais face à l'adversaire, ferme les yeux et attends le bruit de son sabre. Dès que tu l'entends, coupe devant toi. Tu mourras mais tu le toucheras aussi de ta lame". Le maître de thé, rassuré, passe une nuit excellente. Face à son attitude sereine et concentré, le samurai nerveux qui l'attendait fut ébranlé dans sa confiance. Le voyant si plein de confiance dans une posture sans faiblesse, il décampa sans demander son reste.


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